Covid-19 : Pourquoi le Japon s’en sort-il mieux que nous ?

Avec un territoire grand comme seulement les deux tiers de la France dont seul un cinquième est habitable et une population deux fois supérieure à la nôtre, il est facile de penser que le Japon serait un pays plus que propice à la diffusion de la covid-19. Pourtant, le pays du soleil levant est relativement bien épargné par la pandémie. Essayons de comprendre pourquoi.

Sommaire

  • Une culture propice.
  • Une communication efficace.
  • Une population concernée ?
  • Des entreprises engagées.
  • Une meilleure gestion des cas contacts.

Que ce soit à la télévision, à la radio ou dans n’importe quel autre média, le corona virus est une pandémie mondiale à laquelle il est presque impossible de faire face. En effet, avec plus de 248 000 morts aux Etats-Unis au 18 novembre 2020 et plus de 46 000 en France, cela finit par paraître inévitable. Mais le Japon quant à lui, et ce malgré sa proximité avec la Chine, ne déplore que 1 895 décès à la même date. C’est plus de 24 fois moins que la France. Face à de tels chiffres, il devient difficile de se reposer sur la fatalité. Mais qu’est-ce que le Japon aurait de plus que nous pour limiter la propagation du virus ?

Une culture propice.

D’aucuns ayant déjà été au Japon vous l’affirmera, les Japonais ne sont pas des plus tactiles. Pas de câlin, pas de bises, et encore moins de baisers langoureux dans le coin d’une rue. Bien que les nouvelles générations soient moins attentives au regard des autres, les seuls contacts physiques en extérieur se limitent à des poignées de mains dans le cadre du travail et d’autres qui s’enlacent lors d’un rendez-vous amoureux. Il paraît évident que, lorsque la distanciation sociale a été mise en place, les Japonais n’étaient pas particulièrement dépaysés.

De plus, le port du masque au quotidien était déjà bien implanté même avant la pandémie. On retrouve les premières traces de masque vers la fin de l’ère Meiji (1868-1912), mais c’est depuis la grande pandémie de grippe espagnole qu’il s’est répandu parmi toute la population. De nos jours, près de deux personnes sur trois portent un masque de façon systématique, même hors période virale. Les raisons avancées sont les suivantes : « cela protège du pollen et de la pollution » ; « le masque permet de cacher le fait que l’on n’est pas maquillé » ; « ils font partie intégrante de mes tenues » ou encore « ils tiennent chaud en hiver ».

En conséquence, le Japon n’a presque pas eu affaire à des groupes anti-masque, hormis une vague tentative très vite tombée à l’eau. Sur ce point également, le quotidien des Japonais n’a pas exagérément évolué.

Une communication efficace.

Face à un événement mondial qui bouleverse chaque pays du globe, la communication a une place prédominante. Le Japon l’a bien compris. Dès les premières informations concernant la covid-19, le réseau social le plus utilisé par les japonais, Line, a créé une rubrique spéciale pour les nouvelles concernant la pandémie. En plus de relayer tous les articles des différents journaux, l’application propose les chiffres en temps réel des personnes infectées, des morts et des patients guéris. De plus, elle donne accès à un onglet répondant à de nombreuses questions concernant la façon d’agir en fonction des situations auxquelles doivent faire face les Japonais. Chercher un travail en plein milieu d’une épidémie, les mesures économiques du gouvernement, trouver quelqu’un pour s’occuper des enfants, à chaque problème sa solution.

Le divertissement aussi a su très vite s’adapter. A la télévision, on voit fleurir des séries mettant en scène des personnes respectant les gestes barrières, se désinfectant les mains, respectant les distanciations sociales et autres. C’est le cas pour la série « Remorabu ~futsuu no koi ha jado » où une jeune femme médecin d’entreprise surnommée « le dictateur » à cause de son zèle en matière de gestion de la covid va en apprendre plus sur les relations entre les personnes grâce à un amour virtuel.

Youtube n’est pas non plus en reste, proposant des vidéos en chanson et chorégraphie pour apprendre aux spectateurs comment bien se laver les mains. Les grandes entreprises de divertissement, la Johnny’s Entertainement en tête (productrice d’idole masculine) créent de nouvelles chaînes pour donner accès aux fans à des concerts en ligne, des images des coulisses, des petites vidéos de jeux à faire en ligne, de recettes de cuisine, entre autres. Mais ils se servent aussi de leur visibilité pour faire passer des messages importants. Imaginez votre star préférée vous tenir ce genre de discours : « A cause de vous, quelqu’un de votre famille va mourir… Essayez de vous l’imaginer. […] Si nous ne changeons pas, nous ne pourrons pas changer le Japon. Continuons de faire ce que nous pouvons. » (Smile Up! Project ~続けよう、僕らにできることを。~「大切な人を守るために」Sexy Zone 中島健人 / Smile Up ! Project ~Continuons de faire ce que nous pouvons faire.~ « Pour protéger les personnes qui nous sont chères » Sexy Zone Nakajima Kento) Grâce à cette mobilisation générale des médias, les enfants et les jeunes adultes sont autant informés que les plus âgés, facilitant ainsi l’implication de chacun.

Une population concernée ?

Une première chose à prendre en compte quand on s’attarde sur le comportement des Japonais, c’est que le gouvernement (malgré l’état d’urgence) n’a pas donné d’obligations au respect des gestes barrières et au confinement. Concrètement, les gouverneurs de régions ne peuvent que « demander » aux Japonais de rester chez eux, mais ils n’ont pas le pouvoir de les contraindre au confinement, ni de les sanctionner en cas de non-respect des mesures mises en place.

Et pourtant, les rues de Tokyo et des grandes villes sont quasiment vides. Les Japonais choisissent d’eux-même d’apporter plus de travail à la maison afin de faire diminuer leurs jours de présence au sein de leur entreprise, ils font des courses plus conséquentes qu’à l’accoutumée, etc. Ils mettent également en place des soirées virtuelles via les réseaux sociaux en achetant de l’alcool chacun de leur côté pour s’amuser avec leurs amis et collègues à distance.

Certes, leur caractère pacifiste fera sans doute qu’ils ne réprimanderont pas en public les quelques personnes ne se pliant pas aux règles, mais beaucoup critiqueront ouvertement les personnages publics surpris en train de manger au restaurant avec d’autres personnes, estimant qu’ils ne montrent pas un bon exemple.

Malgré cela, les Japonais ne se sentent pas particulièrement investis dans ces mesures. « Notre for intérieur est sérieux. Mais comme c’est notre culture qui est comme ça, je ne pense pas qu’on puisse dire que nous nous sentons particulièrement concernés. C’est naturel, ou plutôt il y a une ambiance générale qui nous fait penser qu’il est évident de faire ce qu’on nous demande de faire. » Nous rapporte un Japonais de 31 ans.

Peut-être est-ce là la grande différence entre nos pays occidentaux et le Japon. Leur sens de la communauté, du bien commun et du respect d’autrui fait qu’ils n’ont même pas besoin de se forcer à suivre les directives énoncées. Alors même qu’ils n’y sont pas contraints, leurs instincts les poussent à s’adapter au plus vite au « nouveau monde » et à mieux vivre les changements auxquels ils doivent faire face.

Encore mieux, certains Japonais participent au soutien des commerces les plus touchés, comme les restaurants, en payant des bons pour un repas en avance qu’ils pourront utiliser une fois la pandémie éradiquée.

Des entreprises engagées.

Les restaurants, en plus des coupons cités plus haut, ont très vite mis en place des affiches sur une chaise sur deux, demandant aux gens de ne pas s’asseoir pour créer naturellement des distances sociales. Beaucoup ont aussi posé des plaques de plexiglas pour que les clients puissent discuter sans avoir à s’inquiéter de la propagation du virus.

Les entreprises quant à elles ont mis à disposition des distributeurs de gel hydroalcoolique à toutes les entrées d’immeuble, voire même parfois tous les étages. De plus, elles commandent elles-mêmes les masques pour les employés ne pouvant pas travailler depuis chez eux. Les cantines et les magasins de première nécessité sont toujours disponibles, mais les files d’attente sont marquées au sol pour indiquer les distances de sécurité à appliquer. Bien sûr, une majorité des Japonais, en particulier dans les grandes entreprises, sont autorisés à faire du télétravail ou à ne venir que les jours où cela est absolument nécessaire.

Sur une note un peu plus légère, certaines entreprises ont même eu l’idée de faire fructifier leur organisation en réponse à la covid-19, comme par exemple Kasoku (entreprise concurrente d’airbnb) qui a décidé en avril 2020 de proposer des locations de courte durée « anti-divorce » présentées comme des refuges pour s’éloigner de sa famille, s’aérer l’esprit ou travailler plus tranquillement.

Enfin, les aéroports ne sont pas en reste en appliquant des quarantaines de 14 jours, et en faisant des contrôles de température systématiques pour tout arrivant sur le sol nippon. Encore une fois, la capacité et la rapidité d’adaptation du Japon sont à saluer quand on voit à quel point le simple fait d’ouvrir ou non les commerces non indispensable pour Noël fait débat en France.

Une meilleure gestion des cas-contacts.

En France, quand un cas est détecté, les centres de santé se lancent à la recherche des personnes qui sont entrées en contact avec le patient après sa contamination. Le Japon, lui, a une approche un peu à l’opposé. En effet, le gouvernement a monté des structures pour retracer les voies de transmission de la covid. En d’autres termes, ils cherchent à retrouver en priorité qui a contaminé le patient plutôt que de chercher qui le patient aurait pu contaminer. Et cette approche n’est pas dénuée de sens. En effet, les personnes transmettant le virus sont souvent des personnes peu soucieuses des précautions et rentrent en contact avec beaucoup de personnes d’un coup. Et ce n’est qu’une fois avoir trouvé ce foyer de contamination qu’on commence à chercher les personnes étant présentes lors de la propagation.

De plus, la gestion des tests est également différente. Ils sont presque absents des pharmacies et sont plutôt réservés aux personnes suspectées d’être cas-contact, là où la France fait passer des tests de façon plus généralisée. Actuellement seul 5 000 à 6 000 tests sont pratiqués dans la capitale japonaise quotidiennement.

Malgré cela, le nombre de cas augmente depuis quelques jours avec l’approche des fêtes, en particulier le nouvel an, qui réveille chez les Japonais une forte envie de se retrouver et de faire la fête.

Conclusion :

Le Japon, grâce à sa culture et à sa rigueur naturelle, parvient à gérer la crise de la covid-19 avec efficacité. Cependant, il y a deux points à mettre en relief. Premièrement, malgré le peu de décès et de personnes infectées, la majorité des Japonais estiment que le gouvernement est trop lent et maladroit dans le choix de ses mesures, en particulier après l’essor de contaminés suite à la politique de retour au voyage « Go To ». Enfin, les chiffres présentés dans les médias sont probablement biaisés par le peu de tests pratiqués au Japon. En effet, si une personne suspectée d’être malade de la covid n’est pas testée, elle ne sera pas non plus comptabilisée dans les chiffres.

Malgré tout, on ne peut passer outre le fait qu’un peu plus de sens de la communauté et de retenue venant de la part de chacun permettrait sans aucun doute de limiter les dégâts du corona virus en France.


Rika, 29/11/2020

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  1. Un article très bien travaillé, et très instructif. Je connaissais la rigueur des Japonais, et il montre avec brios comment nous devrions nous comporter en occident. Si seulement…